Notre environnement technologique connaît des bouleversements majeurs depuis plusieurs dizaines d’années, sans qu’aucune stabilisation ne se dessine, encore moins avec l’envahissement de notre vie par l’intelligence artificielle.

L’école ne peut l’ignorer et nombreux sont les chercheurs qui valident ce que ressentent les enseignants dans les salles de classe.

Érosion de l’autorité des enseignants

Dans un excellent article de 2025, Eirick Prairat parle d’érosion de l’autorité des enseignants. Érosion ne signifie pas disparition ni abandon. Se référant à une enquête de 2018, Prairat avance le nombre de 30% d’enseignants qui se plaignent de devoir consacrer trop de temps à la gestion de la discipline. Ce n’est ainsi pas la majorité d’entre eux. Mais l’alerte n’en est pas moins significative.

Causes de l’érosion

L’apparition des post-vérités sape l’autorité de compétence, i.e. l’indispensable confiance en la maîtrise des savoirs par les enseignants (Richoz, 2019). La propagation de rumeurs et de fake-news sur les réseaux sociaux génère « une défiance à l’égard des faits, même de ceux qui sont les mieux assurés » (Prairat 2025).

Les post-vérités ont ainsi fait apparaître une forme dégradée de l’esprit critique que Pierre-André Taguieff (2024) nomme le « soupçonnisme », attitude qui refuse par principe de croire à ce que les médias et… les enseignants.

Au cœur des familles, c’est une forme d’égalitarisme qui s’est peu à peu installée et généralisée, refusant toute forme d’asymétrie entre parents et enfants. Ce type d’abandon de l’autorité provoque des tensions moyennes ou fortes quand l’institution scolaire exige de l’élève et de ses parents qu’ils respectent l’autorité des profs et des directions. D’autant plus qu’il se trouve des personnes au sein même des institutions formatrices ou des établissements scolaires qui estiment que toute forme d’autorité et de hiérarchie doit être désormais bannie.

Troisième facteur et non des moindres : le sentiment que l’institution scolaire ne délivre plus les connaissances ni les certifications qui sont autant de garanties permettant d’espérer trouver du travail et des emplois correctement rémunérés. Comment, dès lors, respecter ces pédagogues qui ont failli dans leur mission et leurs promesses ?

Validation des changements par des études récentes et documentées

Les huit études et enquêtes que nous avons consultées, qu’elles émanent de privés ou d’institutions comme le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) viennent confirmer les doutes voire même les souffrances éprouvées par certains jeunes du moment.

Elles convergent et confirment que les difficultés rencontrées par les jeunes francophones ne relèvent ni d’un simple malaise passager ni d’une cause unique.

Les travaux du HCSP, synthétisés par Duche, Godeau, Alberti, Barat et Marchiset (2025), puis commentés par la Société française pour la santé de l’adolescent dans l’article d’Ibrahim et al. (2026), mettent en évidence, sur trois décennies, une fragilisation de certains indicateurs de santé et de bien‑être chez les adolescents.

Les grandes enquêtes EnCLASS, présentées par Godeau, Spilka, Sentenac et Ehlinger (2023), confirment quant à elles l’ampleur de tensions ressenties dans les sphères scolaire, psychologique et sociale.

De son côté, Missaoui (2024) souligne le rôle ambivalent des technologies éducatives numériques, susceptibles à la fois de soutenir les apprentissages et d’altérer le bien‑être scolaire selon les usages qui en sont faits.

Enfin, Guillaume (2023) rappelle que ces épreuves s’inscrivent aussi dans un contexte plus large de rapports difficiles entre jeunesse et institutions, marqué par la défiance, les attentes déçues et la transformation du lien social.

Pris ensemble, ces travaux dessinent le tableau d’une jeunesse confrontée à des vulnérabilités réelles, qu’il convient d’appréhender avec nuance, sans généralisation hâtive ni dramatisation excessive.

Pas de généralisation hâtive, ni de dramatisation excessive

Même si les proportions paraissent être en augmentation par rapport aux décennies précédentes, les pourcentages d’élèves en situation délicate n’excèdent pas les 20 à 35%.

Sans vouloir minimiser ces difficultés, il faut néanmoins relever que la majorité de nos jeunes scolarisés se porte bien et que nous ne devons pas tomber dans le piège du « Plus rien de va, il faut tout changer ».

Les systèmes dûment validés par la recherche conservent toute leur pertinence

Le point commun à la méthode d’enseignement explicite, à la réponse à l’intervention (RAI) ainsi qu’au Soutien au comportement positif (SCP), c’est qu’ils fonctionnent les trois sur le principe des niveaux d’intervention : celles destinées à la totalité des élèves (niveau 1), renforcements et premiers aménagements pour les 20% d’enfants ou d’adolescents du niveau 2 qui se heurtent, très souvent aux résistances d’une minorité de 5% de personnes (niveau 3).

Les adaptations indispensables concernent les niveaux 2 et 3

Expliciter ce que sont les bons comportements, les enseigner de manière explicite, en soignant les supports, son langage, son degré d’amabilité voire de jovialité pour l’ensemble d’une classe ne demande que peu d’efforts. La plupart des enseignants le font même spontanément. Y rajouter du sens, pointer les gains que les élèves peuvent en tirer en termes d’acquisition de nouvelles compétences sociales, citoyennes et collaboratives exige parfois de la part de l’adulte des adaptations, certes, mais qui provoquent un fort retour sur investissement. Il faut en effet songer que l’instauration d’une dynamique positive au sein d’une classe favorise une émulation saine, bien plus facile à gérer que son contraire.

Sur une classe de 24 élèves, quand 4 ou 5 d’entre eux ont besoin d’un peu plus de temps, d’attention, de répétitions, voire d’interventions correctives légères pour respecter les règles du bien-vivre ensemble, c’est là qu’intervient un premier défi. Il consiste à ne pas immédiatement considérer ces lenteurs comme le fruit de la provocation ou d’une certaine volonté de nuire et à remettre l’ouvrage sur le métier (Niveau 2).

Le changement de paradigme majeur intervient au niveau 3, lorsque l’enseignant doit gérer les spécificités de l’élève ou des deux élèves qui restent. Car c’est lui ou ce sont eux qui incarnent les mutations les plus marquantes pointées par les études évoquées ci-dessus : croyance en une société pouvant fonctionner sans règles, sans loi ni sanction, ressentiment envers l’institution scolaire qui ne remplit pas sa mission et qui trahit ses promesses. Ces élèves-là ou leurs parents vont ouvertement reprocher à l’Etat son incapacité à corriger les problèmes majeurs tels que : ennuis de santé physiques ou psychiques, crises économiques, manque de ressources pour affronter les licenciements, les conséquences d’accidents graves, impossibilité de garantir un climat suffisamment serein et sûr, etc.

Pour parvenir à relever ce type de défi professionnel en gardant son calme, son sang-froid, son énergie et sa santé, l’adulte doit assumer plusieurs rôles différents qui, il faut bien l’avouer, ne faisaient pas partie de son cahier des charges au XXe siècle. Il doit impérativement changer d’état d’esprit, se former en permanence, renouveler ses connaissances et compétences dans un maximum de domaines.  

Réussir chacun des 4 temps de la gestion de la classe

En clair, l’enseignant doit maîtriser pleinement ces quatre temps :

  • Celui de l’explicitation et d’enseignement des bons comportements
  • Celui des mesures destinées à implémenter ces bons comportements, à maintenir un climat de classe propice aux apprentissages et à l’émergence de compétences civiques favorisant le bien-vivre ensemble
  • Celui des mesures correctives destinées à maintenir et à faire vivre la règle
  • Celui où des soutiens réguliers et individualisés sont appliqués de manière suivie aux quelques élèves en grande difficulté pour qu’ils puissent eux aussi acquérir les compétences sociales et intellectuelles indispensables à toute vie en société.

PUBLICATIONS, OUVRAGES CITÉS OU CONSULTÉS

Alvarez, Vanessa Joinel. “Modélisation de l’exercice de l’autorité dans la relation d’enseignement.” L’Autorité en éducation. Figures, variations, recompositions, Presses universitaires de Saint-Étienne (2023).

Besse, A. & Frund, R. (2023). Autorité éducative : manque d’un vrai débat. Revue [petite] enfance, 141, 60-72.

Duche, P., Godeau, E., Alberti, C., Barat, P., & Marchiset, G. V. (2025). Trente ans d’évolution de la santé des adolescents : tendances, changements et défis (Doctoral dissertation, Haut conseil de la santé publique (HCSP)).

Gaillard, J. P. (2019). Enfants et adolescents en mutation. Mode d’emploi pour les parents, éducateurs, enseignants et thérapeutes. ESF Sciences humaines.

Godeau, E., Spilka, S., Sentenac, M., & Ehlinger, V. (2023, December). EnCLASS, un projet national adossé à deux enquêtes internationales (HBSC & ESPAD). In Semaine Data-SHS: Traiter et analyser des données en sciences humaines et sociales. https://hal.science/hal-04492427/document

Ibrahim, N., Groffe, G., Devernay, M., Jacquin, P., Fourmaux, C., Belien-Pallet, V., … & Stheneur, C. (2026). Santé des adolescents en France au cours des trois dernières décennies: résumé et commentaires de la Société Française pour la santé de l’adolescent basés sur le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique. Perfectionnement en Pédiatrie.

Missaoui a, R. (2024). Impacts de l’usage des technologies éducatives numériques sur le bien‑être scolaire des étudiants et étudiantes en sciences de l’éducation. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 21(2), 1-20. Missaoui, R. (2024). Impacts de l’usage des technologies éducatives numériques https://doi.org/10.18162/ritpu-2024-v21n2-06

Guillaume, J. F. (2023). Les difficiles rapports entre jeunesse et institutions. In France Forum (Vol. 414, No. 1, pp. 12-15). Editions HDiffusion.

Prairat, Eirick. “Autorité des profs: les raisons d’une érosion.” Sciences Humaines 376.2 (2025): 62-64.

Richoz, J. C. (2022). Prévenir et gérer l’indiscipline dans les classes primaires et secondaires. Favre.

Robbes, B. (2013). L’autorité éducative. La construire et l’exercer. Scéren (CNDP-CRDP)-CRAP-Cahiers pédagogiques.

Taguieff, P. A. (2024). Les théories du complot. Que sais-je.

Avis du Conseil de l’enfance et de l’adolescence : santé mentale, grande cause 2025 […] adopté le 21 novembre 2024, Texte téléchargeable : https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2024/HCFEA%20-%20Sant%C3%A9%20mentale/hcfea_avis_sme_renouveler_lalerte.pdf (consulté le 22 mai 2026).

Verified by ExactMetrics