La prise en charge des élèves difficiles représente un des défis majeurs de l’institution scolaire. D’abord parce que les capacités de nuisance de tels élèves peuvent perturber les cours, envenimer les relations entre adultes à l’interne, avec le voisinage ou entre l’établissement scolaire et les instances spécialisées dans leur prise en charge.

LUTTER CONTRE L’ILLETTRISME

Mais au-delà de ces fâcheries qui ne font du bien à personne, l’institution scolaire est aussi placée devant l’obligation de continuer à former des jeunes qui, autrefois, pouvaient passer leur temps en dehors des salles de classe avant de venir grossir les rangs des personnels plus ou moins illettrés, tout juste capables de vendre la force de leurs bras sur le marché du travail. Savoir manier des appareils et des machines, être capable de les entretenir, de rédiger des comptes-rendus écrits de ses prestations est devenu tellement important que l’illettrisme n’est plus admis par les employeurs.

CONTINUER À FORMER LES ÉLÈVES DIFFICILES, UNE QUASI-OBLIGATION

Si l’on veut éviter que l’école ne fabrique des chômeurs ou des « sans domicile fixe » (SDF), elle doit conserver les élèves difficiles en son sein et leur faire acquérir un minimum de compétences, parfois même à leur corps défendant.

POSER UN CADRE DE TRAVAIL ET DE VIE EN COMMUN

Une des missions prioritaires de l’enseignante ou l’enseignant de terrain consiste à poser un cadre de travail et de vie en commun tel qu’il permette à chacun de répondre aux attentes de l’institution.

POURQUOI CET ÉLÈVE DYSFONCTIONNE ?

Le professionnel doit pouvoir enseigner et éduquer dans des conditions telles que les élèves puissent apprendre. Si les résistances simples face aux règles mises en place font partie intégrante du métier d’enseignant, qui sait comment les traiter, ce n’est pas le cas des oppositions virulentes ou durables qui l’amènent à se poser deux questions centrales : quelle en est la cause et comment les gérer ?

QUOI FAIRE ?

Dans certains cas très graves, ces deux questions finissent dans le bureau de la direction de l’établissement, mise alors au défi de proposer des réponses et, surtout, des solutions.

FAIRE PARTAGER LES ÉLÉMENTS D’ANALYSE

Quand l’équipe de direction a relevé le premier défi de trouver pourquoi un élève dysfonctionne gravement et comment il est possible de le gérer, le problème n’est pas résolu pour autant. Encore faut-il convaincre le ou les enseignant.e.s de cet élève de la pertinence des causalités et, encore plus compliqué, leur demander de participer au processus éducatif recommandé. La tâche est délicate car rien n’est garanti : ni la justesse d’analyse des causes de dysfonctionnement, ni la pertinence des mesures éducatives censées l’atténuer ou le faire disparaître.

L’ABSENCE DE COLLABORATION NE FAIT QU’AGGRAVER LE PROBLÈME

Un des éléments-clés de la réussite ou de l’échec de ces mesures réside alors et plus que jamais dans une collaboration réussie entre l’enseignant.e, l’équipe de direction et les autres intervenants qui se trouvent dans l’entourage de l’élève. Une collaboration ratée s’avère non seulement improductive mais elle peut encore aggraver le problème de manière significative.

IMPORTANCE D’UN DIALOGUE CONSTRUCTIF

C’est la raison pour laquelle il convient d’insister sur la très grande importance d’un dialogue constructif entre les représentants de la hiérarchie, des instances spécialisées et du corps enseignant.
Lors de l’animation d’un groupe de travail consacré aux élèves difficiles, nous avions fini par concentrer nos efforts sur la création d’un document visuellement synthétique susceptible de renforcer la collaboration entre équipe de direction et corps enseignant. Il place dans la ligne blanche du milieu les élèves standards. Plus on monte vers le haut, plus les élèves sont des personnes qui transgressent les règles. En-dessous de la ligne médiane figurent les personnes qui souffrent en silence en retournant leur malaise contre eux-mêmes.

UN TABLEAU SYNTHÉTIQUE

A l’usage, il est apparu plus utile et opérationnel les classifications d’élèves que l’on trouve dans la littérature spécialisée.
Son mérite est de rendre attentif l’enseignant.e à plusieurs éléments de nature différente.
La réintégration réussie dans la classe, à la suite d’un placement en milieu éducatif fermé est un élément primordial de réintégration sociale

IMPORTANCE PRIMORDIALE DE LA RÉINTÉGRATION EN CLASSE

Les enjeux et les risques sont semblables, qu’ils soient liés à une hospitalisation ou à un placement judiciaire en milieu fermé. Dans les deux cas, la réintégration au monde scolaire représente un facteur primordial de recouvrement d’une bonne santé psychique et physique.
A partir du moment où un élève est pris en charge par des professionnels de la santé, par des acteurs du pouvoir judiciaire et même simplement par la direction de l’école, l’enseignant doit intégrer dans sa réflexion et ses gestes professionnels les recommandations qui lui sont faites. Il ne peut plus se comporter en acteur solitaire et indépendant.

FAIRE CIRCULER LES INFORMATIONS DANS LES DEUX SENS

Il doit accepter de recevoir des informations sensibles, de bien les traiter sous le sceau du secret de fonction. Il lui faut ensuite appliquer les recommandations, les traduire en gestes et interventions adéquates, sans oublier de fournir des retours réguliers aux autres professionnels en charge de la situation. Les données doivent circuler dans les deux sens, comme dans un corps vivant, pour confronter les éléments d’analyse et d’intervention à l’aune du réel, dans le but de les modifier, les affiner et les parfaire afin d’en augmenter la pertinence.

LES PRÉALABLES À UN GESTION DES AMÉNAGEMENTS PÉDAGOGIQUES

Mener à bien ce type de nouvelle tâche implique de compétences et de conditions préalables parmi lesquelles :

– Avoir installé un climat serein et respectueux dans la classe.
– Jouir de suffisamment de respect et de reconnaissance de la part des élèves pour leur faire accepter qu’un régime spécial soit appliqué à un ou deux élèves du groupe.
– Maîtriser l’art du chevauchement (overlapping), i.e. être capable de mener plusieurs activités simultanément.
– Considérer que la gestion d’un élève très compliqué relève de son cahier des charges et non pas d’un excès de zèle ou d’un signe de faiblesse.

RESPECTER DES PHASES ET DES PALIERS DE RÉINTÉGRATION


Si ces prérequis sont en place, l’enseignant.e peut alors offrir à l’élève les conditions de son retour à l’école, sa réintégration dans le groupe ainsi que dans le programme scolaire. Il lui faut être capable de détecter les différentes phases par lesquelles l’élève difficile doit progressivement passer : retour au rythme scolaire, retour dans le groupe, remise au travail d’abord minimale puis efforts accrus destinés à rattraper le retard accumulé pendant la courte ou la plus longue absence.


COMBLER LES RETARDS, UN OBJECTIF À EXPLICITER POUR MIEUX L’ATTEINDRE


A cet égard, l’enseignant.e doit s’imaginer ce qu’il aurait fait si le meilleur de ses élèves avait été privé de cours pendant quelques heures seulement ou durant plusieurs semaines. Il ne doit pas compter sur une forme de rattrapage qui se ferait par « le miracle du Saint-Esprit et de l’osmose inversée » mais prévoir une planification dûment réfléchie, adaptée aux caractéristiques de l’élève concerné. Quand cela se passe, de véritables retours à la normale sont possibles.


EVITER LES SITUATIONS PATHOGÈNES POUR MIEUX RÉCUPÉRER L’ÉLÈVE DIFFICILE


Il serait dommage de conclure sans évoquer le dispositif décrit dans le tableau ci-dessous qui démontre comment un élève perturbateur mais présent dans la classe peut être pris en charge par l’enseignant malgré des dysfonctionnements importants. Le schéma incite à commencer par éviter de confronter l’élève aux situations qui génèrent des troubles. Une fois la situation calmée, dans un deuxième temps, l’enseignant.e invitera l’élève à relever les mêmes défis que le reste de ses camarades mais selon des activités adéquatement aménagées pour lui.

RÉINTÉGRATION RÉUSSIE, DES BÉNÉFICES MULTIPLES


Lorsqu’un.e enseignant.e parvient ainsi à neutraliser les dysfonctionnements d’un élève puis à le réintégrer dans le groupe-classe de manière à le soumettre aux mêmes exigences de travail et de discipline que ses camarades, il augmente le bien-être de l’élève présent et futur, accroît sa réputation d’excellent pédagogue. Les bénéfices d’un tel exploit se déploient alors au sein de la classe et bien au-delà.

Crédit des tableaux:

La classification des élèves difficiles est une création de l’auteur du texte.


La gestion des élèves en huit étapes (deuxième tableau) est extraite de l’ouvrage suivant:

HIERCK Tom, COLEMAN Charlie, WEBER Chris: La pyramide des interventions sur le comportement. Guider les élèves vers la réussite scolaire. Québec, 2013, p. 61.