Est-ce si important de gérer les comportements ?

Oui, sans aucun doute, répondent les auteurs de l’ouvrage (1) en soulignant le caractère indissociable des deux fonctions que sont la gestion des enseignements et la gestion des comportements. Selon eux, toutes deux doivent « s’envisager conjointement, de manière symbiotique ».  Car elles « forment le cœur de l’acte d’enseigner » (p. XII).

(1) L’enseignement explicite des comportements. Pour une gestion efficace des élèves en classe et dans l’école. BISSONETTE Steve, GAUTHIER Clermont, CASTONGAY Mireille, ed. Chenelière Education, Montréal, 2017.

La gestion de la classe, qu’est-ce donc ?

« Gérer efficacement la classe et le comportement des élèves, c’est utiliser un ensemble de pratiques et de stratégies éducatives afin, d’une part, de prévenir et de gérer efficacement les écarts de conduite des élèves et, d’autre part, de créer et maintenir un environnement favorisant l’enseignement et l’apprentissage. » P. 51.

Des améliorations de comportements qui se situent entre 53 et 80%.

Au Canada, dans les Laurentides, entre 2012 et 2016, le nombre de renvois d’élèves de l’école primaire (là-bas, ils appellent cela des « sorties de classes ») a diminué de 53%. C’est dû à la mise en place de l’enseignement explicite des comportements. Les graves écarts de comportements et les actes d’intimidation ont baissé encore davantage : de respectivement 62 et 89 %. C’est ce qu’affirme dans la Préface Antoine Déry, directeur des services éducatifs de la Commission scolaire laurentienne (p. VIII).
Personnellement, je ne doute pas un seul instant de la véracité de ces chiffres. J’ai pu moi-même constater une baisse de 80% des incivilités dans l’école secondaire que je dirigeais, suite à la mise en place d’un programme du même genre.

Quel est le secret d’une telle réussite ?

L’explication de ce succès pourrait se résumer dans cette maxime : « De la rigueur et non de la rigidité » prononcée par Clause Lévesque, directeur général de Boscoville. Mais ce serait par trop résumer – au point de le trahir – un modèle systémique qui recourt à « un ensemble de pratiques et de stratégies éducatives » implantées tant à l’échelle de la classe que de l’école.
De fait, ces pratiques et ces stratégies ont un point commun. Elles recourent à l’enseignement explicite. Cela signifie que, en présence des élèves, l’enseignant doit « dire, montrer et guider » en utilisant une stratégie « structurée, qui divise le contenu à enseigner – qu’il soit fait de savoirs ou de comportements – en étapes séquencées et fortement intégrées ». p. XIV

« Quoi faire, quand j’arrive dans une classe en ébullition ? »

Le manque d’outils et de pistes d’action ressenti par les nouveaux enseignants qui doivent gérer leurs classes est flagrant. « Quand tu poses la question : qu’est-ce que je fais quand j’arrive dans une classe et qu’il y a dix jeunes qui foutent le bordel et que ça déteint sur les 25 autres ? Qu’est-ce que je fais ? Il n’y a aucun prof à l’université qui te répond à ça, tu vas l’apprendre sur le tas. » SAUVE F. : Analyse de l’attrition des enseignants au Québec. Mémoire de maîtrise, Montréal, 2012, cité par Bissonnette et alii en page 50.
Pour pallier de telles lacunes, les auteurs s’attachent à décrire, expliquer, commenter les interventions dites préventives (chapitre 3) et correctives (chapitre 4).
A chaque fois, les recommandations sont explicites, régulièrement illustrées par des tableaux ou des schémas.

Gestion de l’enseignement et gestion de la classe : deux piliers indissociables

Jamais les auteurs n’oublient de mentionner l’importance du contenu du cours, rappelant les nombreuses qualités qu’il doit revêtir. Car l’intérêt des élèves pour la matière enseignée constitue l’un des facteurs essentiels d’apaisement des distractions et des tensions éprouvées par les élèves.

Un héritage séculaire affiné par la recherche scientifique

L’ouvrage se tourne plus d’une fois sur l’histoire du modèle scolaire, du XVIe au XXIe siècle, afin de montrer au lecteur la récurrence des problèmes liés à la gestion des classes. Les auteurs mettent en lumière les efforts entrepris pour gérer l’éducation des masses, efforts et dispositifs qui évoluent en même temps que les sciences humaines. (Chapitres 1 et 2)

Importance de l’enseignant.e

C’est peu de dire que l’enseignant.e doit faire preuve de beaucoup de qualités pour faire face à ses obligations professionnelles et pour trouver grâce aux yeux impitoyables de ses élèves, notamment quand ils sont adolescents. Agathon – pédagogue québécois du XVIIIe siècle – a publié un écrit sur ce sujet intitulé les « Douze vertus d’un bon maître ». Les auteurs reprennent ces recommandations en les rendant facilement lisibles sous la forme de tableaux, avant de les comparer aux conclusions de l’étude de Martin Huberman (2011).

Le soutien au comportement positif – SCP

Les trente-deux pages du 5e chapitre livrent quantité de détails sur ce programme qui constitue la version en langue française du Positive Behavioral Interventions and Supports (PBIS). Déjà appliqué dans 22’000 écoles primaires et secondaires étatsuniennes, il a fait l’objet de plusieurs études scientifiques sérieuses. Il repose par conséquent sur des données probantes quant à sa réelle efficacité.
A en juger par les questions qui me parviennent sur le sujet, ce chapitre intéressera sans aucun doute bon nombre de directions des écoles soucieuses d’améliorer le climat de leur établissement.

Des annexes utiles et bien faites

Les 50 pages d’annexes fournissent des aides précieuses à toutes celles et ceux qui souhaiteront disposer d’outils pour instaurer un climat de classe empreint de respect et propice au travail. Et cela, que ce soit à titre individuel ou en qualité d’acteur du SCP.
Quant aux étudiants en sciences de l’éducation, ils trouveront une riche bibliographie d’ouvrages et de publications en langue anglaise et française.
En conclusion, je dirais qu’il s’agit là d’un ouvrage incontournable.