Les pédagogies actives sont-elles plutôt de gauche ou plutôt de droite?

Le troisième chapitre de l’ouvrage de Stevan Miljevic commence par poser la question d’une éventuelle appartenance politique des deux principales familles pédagogiques (constructivistes et instructionnistes). L’histoire récente permet-elle d’établir, par exemple un lien entre la pédagogie active, la pensée et les gouvernements de gauche ? La réponse est négative lorsque l’on apprend par l’auteur que, au début du 20ème siècle, elle fut appliquée autant par le gouvernement fasciste italien que par le système scolaire soviétique.

Ecoles d’aujourd’hui et place des nouvelles technologies

Plus proche de nous, le débat sur la nécessité ou non d’introduire les nouvelles technologies dans l’école fait couler beaucoup d’encre et d’argent. Stevan Miljevic cite plusieurs études qui rappellent que les gains apportés par le recours aux supports numériques ne sont pas significatifs et qu’il convient de se méfier grandement de leurs dangers. Il termine son chapitre en citant le désormais célèbre travail de recherche effectué par Carol Dwek et la distinction féconde qu’elle propose entre conception innéiste et représentation dynamique de l’intelligence.

Doit-on initier les élèves à la démarche scientifique?

Faut-il initier les élèves à la démarche scientifique ? La réponse étant à l’évidence affirmative, la véritable question porte plutôt sur comment le faire ? En apprenant aux élèves à apprendre ? En les impliquant dans des travaux interdisciplinaires ? L’auteur s’appuie sur Vigotski pour contrer Philippe Meirieu. Stevan Miljevic recommande de promouvoir l’acquisition des concepts et leur approfondissement au sein même de leur discipline propre. L’interdisciplinarité doit intervenir en fin de processus seulement.

Former de bons enseignants, est-ce si important que cela?

Dans le chapitre intitulé « De l’impératif de mieux former les enseignants », l’auteur pose plusieurs questions fondamentales en prenant le risque d’y répondre sans équivoque. Est-ce important d’offrir aux élèves des enseignants efficaces ? Oui, comme le prouve, notamment, l’étude effectuée par Sitha Babu et Robert Mendro, dont les conclusions rejoignent celles de Sanders & Rivers, de l’Université du Tennessee en 1996. Deuxième question : l’efficacité des enseignants dépend-elle d’une bonne formation initiale ? Réponse affirmative. Corollaires directs : qu’est-ce qu’une bonne formation ? Doit-elle plutôt insister sur les pratiques réflexives ou plutôt sur les gestes à appliquer au jour le jour sur le terrain ?

A la recherche de la formation idéale des enseignant.e.s

Stevan Miljevic répond à toutes ces questions dans le détail et va jusqu’à proposer son programme de formation idéal qui passe par 5 points. 1. La maîtrise des contenus de la branche enseignée 2. La maîtrise des techniques d’enseignement efficace, de leur justification théorique et empirique 3. L’appropriation d’un bagage théorique 4. L’évaluation régulière des personnes en formation 5. Une phase finale de conscientisation.

Formation à la pédagogie constructiviste ou instructionniste?

Le chapitre sur la formation des enseignants est traversé par d’autres interrogations que se sont tous posé un jour les acteurs du monde scolaire : faut-il former les profs aux méthodes constructivistes ou instructionnistes ? Pourquoi les universités, voire les hautes écoles pédagogiques promeuvent-elles autant ce que l’on appelle le constructivisme malgré les études qui en démontrent les faiblesses ? Au risque de s’y perdre, l’auteur passe en revue chacune de ces interrogations avant de conclure : « L’école de demain sera une école où les constructivistes auront leur place mais une place minoritaire. Ils doivent céder leur mainmise à des chercheurs dont la scientificité est plus solide, plus aboutie ».

Autonomie des enseignant.e.s, tests Pisa et inspections dans les écoles

Les tests PISA, les thèses de Céline Alavarez et la liberté pédagogique sont les trois derniers thèmes abordés dans l’ouvrage. Concernant cette dernière, l’auteur plaide en faveur de l’autonomie laissée aux enseignants, marge de manœuvre garante d’un potentiel d’innovation et d’un certain plaisir d’enseigner. Mais si l’on admet que ce plaisir peut être complètement gâché par des élèves qui ne pardonnent pas à leur maître des erreurs en matière de didactique ou de gestion de classe, il conviendrait d’aider les enseignants en difficulté en leur faisant découvrir les vertus de l’enseignement efficace. S’ajoute à ce dilemme la problématique des inspecteurs scolaires qui, pour être crédibles et efficaces devraient, selon Stevan Miljevic, être de véritables experts de la pédagogie.

Pour conclure

Des profs qui, à l’instar de Stevan Miljevic, se rendent compte qu’enseigner à des adolescent.e.s est un métier merveilleux autant que susceptible de mettre parfois en danger leur propre santé, il y en a des centaines de milliers. Je n’en connais que très peu qui, pour comprendre et dissiper un certain malaise, se sont plongés dans les publications scientifiques afin de mieux cerner ce qui était en jeu dans l’enseignement et l’éducation. Cet effort remarquable d’analyse à la fois objective et intransigeante permet à Stevan Miljevic de porter un regard critique autant sur les thèses de la psychologie et de la pédagogie que sur ses propres pratiques au sein des classes. Cela lui permet de proposer un essai original qui mériterait de figurer au programme de toutes les formations initiales et continues des enseignant.e.s.